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Clément, un garçon dans le vent, extraits PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 06 Janvier 2011 15:08

Il aurait mérité
une bonne volée !
Le volet claqua contre la façade de la
rue.
Clément sursauta dans son lit. Son
coeur battait la chamade. Tous les sens
en éveil, il guettait les bruits de la
nuit. Il entendit les rafales irrégulières
du vent remonter la rue Sabatière en
sifflant. De nouveau, le volet claqua
dans l'obscurité.
Le signal ! C'était le signal que
Clément attendait depuis si longtemps.
« C'est pour cette nuit ! » pensa-t-il
en se redressant d'un bond.

Clément respira profondément pour
calmer les battements désordonnés de
son coeur. Pas un bruit ne troublait le
calme de la maison assoupie. Clément
se dit que ses parents devaient dormir à
poings serrés, fatigués par leur longue
journée de travail et la chaleur de l'été
toulousain.
Il s'habilla rapidement dans le noir.
Comme tous les soirs, il avait disposé
avec soin ses vêtements au pied du
lit, afin d'être prêt plus vite pour
cette aventure qu'il préparait depuis
de nombreux mois. À tâtons, il sortit
de leur cachette un baluchon d'étoffe
soigneusement roulé et deux bâtons.
Quelques minutes plus tard, un
étrange personnage se faufila avec
précaution hors de la maison. Avec sa
veste trop large, bizarrement enroulée
autour de la taille, et ce châle qui
semblait ne plus devoir en finir, on
aurait dit un sinistre oiseau de nuit.
L'individu s'assura que personne ne
l'observait et descendit la rue Sabatière
en direction de la Garonne.
François, le respectable maître-
menuisier
de Muret, et sa non moins
respectable épouse Antoinette,
auraient certainement bien eu du mal
à reconnaître leur fils Clément dont
ils avaient, au demeurant, toutes les
raisons d'être fiers. Fiers de ce petit
homme de quatorze ans au caractère
affirmé, fiers aussi de ce bon élève
qui raflait les premiers prix dans
toutes les matières et fiers, enfin, de
l'habileté chez ce digne descendant de
quatre générations de menuisiers et
charpentiers. Mais fiers ou pas, ils lui
auraient certainement administré une
fessée exemplaire s'ils l'avaient surpris
dans un tel accoutrement par cette nuit
d'été 1855.
Clément huma l'air nocturne et
esquissa un sourire satisfait.
- Le vent d'autan, jubila-t-il. C'est
bien le vent d'autan !
Il remercia avec ferveur son volet
qui avait bien voulu le prévenir : ce
vieux volet mal fixé avait la bonne
habitude de ne claquer que sous les
rafales irrégulières de ce vent bien
toulousain. Clément rit intérieurement
en pensant à tous ces méfaits que
les anciens accordaient avec plus ou
moins de raison à ce vent du sud-est
qui apportait l'air chaud et sec de la
Méditerranée. Le « vent du diable »,
disaient-ils en se plaignant de tous leurs
maux. En attendant, il faisait bien son
affaire, à lui, Clément Ader.
Clément atteignit rapidement les
berges de la Garonne qu'il redescendit
sur quelques centaines de mètres. Il
marchait d'un pas sûr dans l'obscurité,
évitant avec adresse les pièges du
mauvais chemin et les gifles des branches
basses. Ce chemin, il le connaissait pour
l'avoir emprunté tant de fois au cours de
ses escapades. Aussi Clément n'avait-il
pas peur malgré l'obscurité dans cette
campagne si familière. Il n'avait pas peur
non plus des nombreux animaux qui
détalaient sous ses pas et encore moins
des grands oiseaux de nuit qui s'envolaient
lourdement à son approche. Ah
non, surtout pas des oiseaux, qu'il allait
peut-être bientôt rejoindre... si tout se
passait bien !


Extrait 2