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Attention aux Z'enfants : extraits PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 03 Décembre 2010 00:00
Vieux Paul (il brandit son bâton et le couple vacille)
Une automobile, moi ! Pourquoi pas un spounique, pendant que vous y êtes. C'est pas demain la veille qu'on me verra monter dans une de ces cochonneries pétaradantes.

Simone
Après-demain, alors, au plus tard. Les pieds devant et au ralenti si tu continues à agiter ton bâton comme ça. C'est que ça tangue salement, dis donc.

Vieux Paul
C'est mon bourricot qui m'emportera au cimetière, s'il me survit. Si tu es pressée, Simone, t'auras qu'à prendre un corbillard à moteur : le premier arrivé a perdu.

Simone (avec malice)
Eh bien tu vois, mon Vieux Paul, demain, dimanche, esquepré pour ton anniversaire, tu auras un magnifique cortège de voitures. Il paraît qu'il va faire beau et les gens de la ville vont traverser notre beau village en carrosses à moteur pour aller au lac. Tu en as de la chance, dis donc !

Vieux Paul
Satanées voiture ! La semaine, passe encore, ce sont des voitures qu'on connaît. Le boulanger, le boucher, le vétérinaire, il faut bien qu'ils travaillent. Mais le "vikènde", tous ces touristes qui traversent notre village sans même dire bonjour pour aller fainéanter au bord du lac ! Ah non, alors. Celles-là d'autos, qu'elles restent dans la vallée.

Damien (pour le taquiner)
Vous avez vu la vitesse à laquelle elles passent, Vieux Paul ? Y'a pas intérêt à traîner au milieu de la rue.

Jacob
Tout ça pour éparpiller des mines anti-personnel dans les buissons, avec le papier dessus en guise de décoration.

Damien
Arrête, tu vas me faire vomir !

Jacob
Et pêcher nos truites. Avec un peu de chance, il y aura peut-être encore un imbécile pour foutre le feu aux haies en les faisant griller.

Simone (affectueuse et taquine)
Allons, allons, les enfants, soyez charitables. Ne lui faites pas faire un infarctus la veille de ses quatre-vingt cinq ans. Ce serait dommage, tout de même. Tu sais quoi, mon Vieux Paul ? Demain, pour ton anniversaire, j'irai te chercher ton journal... pour que tu n'empêches pas les belles voitures de ces môssieurs de la ville de passer en traînant ton arthrose sur la chaussée.

Vieux Paul
Si je pouvais, crois-moi bien que je les empêcherai de passer, leurs voitures. Mais ils seraient bien fichus de m'écraser. Les pauvres gosses d'aujourd'hui ! Ils ne peuvent même plus jouer au ballon ou à la marelle dans la rue comme au bon vieux temps. Il serait pas plus joli notre village sans toutes ces automobiles ?

Damien et Jacob se regardent en riant mystérieusement et tournent les talons.


Extrait 2